Cet article fût publié en Mars 1961 dans la revue Allemande la plus célèbre " DER SPIEGEL ".
J´ai essayé de le traduire de l´Allemand au Français pour les lecteurs de Toudja.net, dans le but d´apporter un petit plus à la recherche sur l´histoire de notre chère Toudja.
Bonne lecture à toutes et à tous.
Said Ihaddaden
LES FRERES EN EMBUSCADE
Un village en Algérie de Jules Roy
L´écrivain français et ancien colonel des forces aériennes Jules Roy a décrit dans son livre récent " la guerre d´Algérie " le drame algérien avec un réalisme dépassant toutes les descriptions critiques précédentes sur la guerre d´Algérie.
Concernant le sort de la région kabyle du nord algérien Toudja, Roy nous montre avec quelle cruauté la guerre civile nord africaine atteint chaque famille.
Je suis arrivé par hasard à Toudja. Je ne voulais ni vivre de situations exceptionnelles ni voir des endroits spécifiques.
J´ai demandé après un village comme tout les autres et je l´ai vu.
Cette localité est composée de deux communautés et comprend vingt-deux petits villages. En 1954 Toudja comptait 7230 habitants. Aujourd´hui il n´en reste que 3800 et parmi eux 900 refugiés des régions environnantes.
En 1954 il y avait 238 bovins à Toudja et à présent il n´en reste aucun. Sans pâturages entretenu on ne pourra pas les garder. Il n´existe encore pas une seule des 150 paires de bœufs. Des 31 mules 7 sont encore en vie. Les seuls animaux qui sont moins touchés par la guerre sont les ânes. Il en existe encore 174 des 237 recensés en 1954. La guerre a tout détruit. Afin de soulager la population de sa misère, l´administration locale distribue 6000 kg de semoule par mois; ce qui fait moins de 2 kg par habitant.
Les Français sont arrivé réellement en 1956 à Toudja et ceci afin de réprimer un soulèvement populaire. Des Français avec des armes, des chars et des avions: L´armée. Elle a instauré " la soumission " Le chiffre, que je dois citer maintenant, provient de sources fiables. On me l´a avoué en répondant à mes questions par un oui ou un non. Je ne me trompe pas là-dessus. En tant que connaisseur de la situation je pensais avoir misé quand-même trop haut en citant le chiffre de 500 entre morts et disparus. La réponse donnée sous forme de signe, veut dire: non. " Trop? " - " Non " - " mille? " - Plus de réponse. - " mille deux cents ?" - " à peu près ".
J´ai noté une pyramide d´âge de la communauté de Toudja. J´ai rassemblé tout les chiffres. Ils nous livrent une image choquante. Parmi les personnes nées entre 1944 et 1956, qui avaient donc jusqu´à 12 ans au moment de la soumission, 49,2 % sont de sexe féminin et 50,8 % de sexe masculin. Chez ceux qui sont nées entre 1915 et 1943, qui devraient avoir donc à la même période entre 13 et 41 ans, on obtient un décalage de 8 femmes sur 2 hommes. Est-ce suffisamment claire?
Quand on prend en considération le FLN de son côté qui tue aussi des gens - durant les dernières six années seize meurtres vont sur son compte -, ainsi on commence à comprendre les sentiments qui secouent les habitants de Toudja. Seize meurtres, ce n´est pas vraiment peu, d´un côté. Mille deux cents de l´autre. Là, chaque commentaire ne serait que du superflu. Pas une seule famille à Toudja qui ne serait pas divisée ou n´est pas obligée d´être en entente à la fois avec le FLN et l´armée française.
Plusieurs familles comptent un homme parmi les rebelles et un autre dans les rangs de l´armée française, soit en tant que " Harki " au sein des troupes de combat, soit en tant que " Moghazni " dans l´administration militaire ou organisé comme soldat auxiliaire dans une unité de milice.
Pourquoi est-ce que ces gens rejoignent nos services? Parce que là-bas ils sont payés et nourris. D´autres familles sont connues cependant pour la sympathie qu´ils affichent clairement pour les Fellagha. Comme partout d´ailleurs, même à Toudja on tente d´amener les femmes à persuader leurs fils ou maris de revenir du maquis. On leur promettait l´impunité. Dans certains cas, si elles sont jeunes et jolies, on leur promet la perspective d´une vie meilleure en essayant de les persuader de divorcer afin de se remarier avec un autre homme ayant des revenus plus stables. Gaspillage d´efforts.
Elles savent tout simplement qu´il existe des choses que l´on ne fait pas.
Parfois, quelques insurgés se rendent aux autorités françaises quand ils sentent que leurs familles sont en danger. Mais jamais, quand ils ont la possibilité de les voir. Même s´ils sont prêt à abandonner le maquis de leur propre grès, leurs femmes sont là pour les en empêcher afin de les reconduire vers leur devoir.
Le père du maire de Toudja a été tué par le FLN, son frère capitaine dans l´armée française a déserté. Ferhat Abbas est son oncle.
Soixante femmes ont leurs maris au maquis et environ soixante autres ont déménagées vers Bougie. Car, là-bas on peu mieux rester en contact avec les insurgés. Elles ont pris la tâche de la collecte des impôts et la distribution des lettres de menaces.
Chaque famille est sommée de payer un impôt de 2 NF ou de 10 NF si un membre de la famille travaille. Les marchands et commerçants reçoivent habituellement des avis d´imposition annuels de quatre cents NF ou plus. Certains payent, d´autres pas. Dans ce dernier cas, les menacent deviennent plus massive après quoi ils cèdent habituellement.
Est-ce que cette division cessera avec la venue de la paix? L´armée est convaincue qu´au contraire, elle sera encore plus profonde, ce qui conduira à un règlement de compte terrible. Comment pourrions-nous ne pas partager cette crainte?
A Toudja 30 hommes servent dans l´armée française et combattent tout les soirs leurs frères dans des embuscades. Sauf si, un jour ils...
L´officier auquel je fis part de mes préoccupations me donna la réponse suivante: " Je n´ai plus confiance en personne. Même le meilleur d´entre eux serait prêt à me tuer ".
Les soldats algériens du FLN: Un au maquis et l´autre dans l´armée française.
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