Accueil Faits divers Le retour du «bellaredj» prodigue
EnglishالعربيةFrançais
Liens utiles
Kabyle
Le portail de la culture kabyle et bérbére
Tout Bougie
Portail citoyens de Bgayet
Bgayet.net
Le portail de la ville de Bejaia
Wikipedia.org
Quelques informations sur Toudja selon Wikipidia
Tinebdar.com
Site officiel de la commune de Tinebdar
Visiteurs

free counters

CONCERT DE DJAMAL ALLAM À LA FÊTE DE L’EAU DE TOUDJA
Le retour du «bellaredj» prodigue


Annoncé comme exceptionnel par les organisateurs de «Tamaghra Ouamane», la fête annuelle de l’eau de Toudja, le concert du chanteur Djamal Allam en cette première semaine d’équinoxe de printemps, le fut assurément et, surtout, de bout en bout.


Tout au moins au niveau des symboliques multiples que les organisateurs de cette manifestation ont voulu cultiver en ce vendredi 25 mars, sur les hautes et nourricières terres gorgées d’eau d’Aghvalou, qui bénissent de leur baraka millénaire la luxuriance écologique du lieu et saluent une fois par an les retours cycliques des montées de sève et de vie.

La première suggestion allégorique du logo en forme d’arc-en-ciel, bleu (pour l’eau) vert (pour la biodiversité) et jaune (pour l’humain) dont s’est dotée cette année la fête deDjamel Allam a Toudja l’eau, semble avoir été spécialement conçue pour célébrer le retour de Djamal sur les terres qui l’ont vu naître. Un lieu de naissance, en effet, est toujours porteur de magie et de folles légendes : enfant vous l’habitez, adulte, il vous habite et pour le restant de vos jours.

Après avoir savouré l’ivresse de la célébration de près d’un demi-siècle de chansons à Paris, capitale mondiale de l’art, avec les plus grands noms de la chanson algérienne parmi lesquels l’immense Khaled, l’oiseau migrateur bien de chez nous qu’a toujours été le «bellaredj» Djamal, a décidé en ce début de saison de grandes migrations, de se ressourcer à Toudja, lieu favori de ses enfantines randonnées hors de la ville lumière qui l’a vu naître : Béjaïa.

Le pèlerinage fut, à n’en point douter, salué, voire béni par les 99 saints de légende de Vgaieth auxquels Yemma Gouraya assure une vigilante défense avancée. Normaaal ! comme diraient nos jeunes aujourd’hui. C’est le retour de l’enfant prodigue. Artistiquement parlant, bien évidemment ! Les résurgences furent multiples et les renaissances plurielles. En commençant par la première : la sienne.

A soixante ans et des poussières, notre glob-trotter-chanteur affiche en effet une fraîcheur physique, une verve mélodique et une audace artistique qui lui permettent d’envisager d’autres traversées et chevauchées, en ce troisième millénaire naissant. C’est incontestablement l’âge de la maturité artistique. Au sens plein du terme. C’est en effet en 1967, à vingt ans, que Djamal embarqua pour «el ghorva» avec une carte de l’Onamo, dans un «vavour» cinglant vers Marseille, première escale d’un parcours artistique couleur arc-en-ciel, que beaucoup de ses pairs lui envient aujourd’hui.

Djamal, modeste fils de pêcheur, réussit par la seule force de ses bras à se forger une personnalité artistique à géométrie variable (poète, animateur, compositeur, chanteur, acteur de cinéma…), qui vient d’atteindre son rythme de croisière et la plénitude de son envol.

Dans le cas du «bellaredj» Djamal, l’envol est toujours celui de l’albatros, le fétiche oiseau de Baudelaire des Fleurs du mal. C’est en permanence celui d’un envol qui «hante la tempête et se rit de l’archer».

Le deuxième albatros qui habitait ce soir la tempête de la cuvette gorgée d’eau de Toudja a pour nom Bazou, le talentueux et exigeant maestro béjaoui, tant couru aujourd’hui par tous les chanteurs et vrais artistes soucieux d’obtenir des arrangements musicaux où l’émotion artistique l’emporte sur le bricolage et la malfaçon. Oui, Bazou, dès la tombée de la nuit et les premières notes de la mise en équilibre de la balance des sons, en ce début de soirée et d’éclosion de la saison des amours, le deuxième albatros sur scène, c’était toi. Tout simplement. Et je sais en plus que c’est ton initiatique et fétiche texte poétique.

En éternel et unique complice bougiote de Djamal, tu réussis à diriger pour deux un spectacle, dont vous vous souviendrez longtemps et qui marquera certainement à jamais les centaines d’enfants de ce village agglutinés au cœur et autour de la cour du CEM, lieu de domiciliation du gala. Mais deux acolytes seuls, aussi talentueux et en verve qu’ils pouvaient être ce jour-là, ne suffisent pour «faire la fête». Il leur fallait un troisième complice derrière les rideaux, anonyme, celui-là et dont on n’aperçoit que le pinceau furtif en mouvement, la délicate touche : c’est le grand peintre Arezki Larbi. C’est lui qui imagina dans le tourbillon de la séquence finale des préparatifs, le nid de la scène qui permit au couple artistique hors du commun Djamel et Bazou de donner au concert son plein régime de grâce.

Arezki y mit toute son expérience de grand peintre connu et reconnu, de scénographe confirmé et d’incontestable magicien des couleurs. Les moyens ? Ils furent du bord, tout naturellement, en ces lieux où la nature fut, est et demeurera pour longtemps encore, le premier et le plus somptueux des décors. Du tissu noir à profusion pour habiller les inélégants serre-joints et autres échafaudages de fortune, dessinant par-ci et soutenant par-là l’architecture aux équilibres suspects de la scène, détournés en début d’après-midi seulement du chantier d’en face, avec la complicité fébrile et active de leur propriétaire consentant.

Pour donner de la couleur au noir du costume sombre de la scène, trois cravates bleu, vert et jaune aux couleurs du logo de la fête furent à la hâte tirées en guirlandes chatoyantes, destinées à communiquer aux musiciens la fraîcheur des tons bleu et vert et la chaleur du jaune.

Pour noyer d’harmonie champêtre le tout, des branches de genêt et de mimosa cueillies également des champs d’à côté, finirent par conférer à cette scène artisanale la note écologique qui manquait. Ce fut en définitive elle qui inspira les nombreuses improvisations et envolées musicales du maestro et de son orchestre.

Avec l’alchimie de cette mise en scène, le nirvana musical de la soirée ne pouvait être indéfiniment différé. Son istikhbar commença avec le cocktail que concocta Djamal à son public : «Khouya El Hachemi» un hommage posthume à El Hachemi Guerrouabi, où Djamal chante le dernier voyage céleste du maître du chaâbi et du haouzi. Puis suivirent, tour à tour, «Ya tir el Qafs» de Hsissen «Ayemma aâzizen ouretsrou» de Farid Ali, ponctuées par les inoxydables tubes qui fondent le style si particulier de Djamal Allam : «Ouretsrou» «Thella» «El Ghani Allah».

Quand Djamal, en bête de scène à la toison d’agneau à l’humanisme déroutant, organisa un concours de «youyous», la symbiose et la complicité entre lui et son public étaient subitement totales. Pour la sceller, il égréna les premières notes de «Aïcha, écoute-moi» pour saluer le nom de la femme qui remporta le concours en emportant le coffret de dix CD gracieusement offert par lui en récompense. La lauréate se fendit alors en un youyou épique qui dura près d’une minute. Le public chavira en donnant de l’écho et en répétant à tue-tête dans un interminable karaoké à Djamal «Aïcha ne t’en va pas !» Nous pensions que la magie de la fête de l’eau était à ce moment-là à son comble et que nous étions déjà dans le N’khlass» de la soirée. C’était compter sans les petites grandes astuces de l’autre métier que Djamal maîtrise parfaitement : celles d’un vrai et incorrigible magicien. Il improvisa un hommage qui finit par donner à la soirée la forme d’une comète qui prit définitivement son envol au moment où il invita Boualem Bouzouzou, le petits-fils de Boualem El Qadhi, maître de chikh Sadek Béjaoui et auteur du mythique texte «Ya bellaredj ya touil el gaïma» popularisé notamment par Fadila Dziria, à interpréter le texte de son grand-père, dont le nom véritable est tout simplement le sien…

Pour exorciser le trop-plein d’émotion qui s’empara de ses doigts de guitariste, Boualem Bouzouzou, professeur de musique accompli comme son grand-père dont il est la moderne copie, avoua : «Oui, je suis né à moins de cent mètres d’ici, à l’école de Toudja !», l’une des trois premières écoles de Kabylie, qui a vu passer d’autres célébrités dont le premier peintre algérien Azouaou Mammeri, ancêtre spirituel d’Arezki Larbi et instituteur au début du siècle dernier.

Les «youyous des anges» (titre du dernier album du «bellaredj» Djamal) fusèrent à ce moment précis pour le «sebbouhi» final, histoire de rappeler que la première école de Djamal, mais de musique celle-là , était celle nourrie de sonorités d’andalou et de chaâbi. La grâce des génies du lieu se convertit en un clin d’œil en félicité, mieux, en extase !

Oui, Djamal, en cette soirée de vendredi 25 mars à la clôture de «Tamaghra Ouamane» à Toudja, les albatros n’étaient pas seulement sur scène, nous étions tous des albatros algériens bellaredjs comme toi, en quête d’un hypothétique envol mystique. Grâce à toi, Bazou, Boualem Bouzouzou grand-père et petitfils et les esprits sains et malsains qui habitent la source de Toudja, nous étions tous des bellaredjs qui becquetaient goulûment les notes de tes compositions et broutais dans les alpages de tes transhumances artistiques multiples. Les anciennes, celles du siècle dernier, bien sûr, mais surtout celles à venir. Merci et bon vent !.


M’hand Kasmi  Le Soir d'Algérie du 31 mars 2011

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

* Veuillez saisir le code ci-dessus

Météo du jour
An error occured during parsing XML data. Please try again.
No comment !
Messages du forum

Plus de sujets »

Derniers commentaires
Témoignages
Statistiques
Dernier membre : HenDokborne HenDokborneNP
Total des membres : 71
Membres en ligne : 0
Enregistré Aujourd'hui : 0
Nouveaux de la semaine : 0
Nouveaux du mois : 4
Recherche